Connue pour ses mythiques sables mouvants, la baie, écrin de nature pour ce joyaux architectural qu’est le Mont-Saint-Michel, est également réputée pour ses puissantes marées attirant chaque année des milliers de visiteurs.
En effet, dans cette vaste étendue d’eau et de bancs de sable de 250 km², la différence de hauteur entre la basse mer et la pleine mer peut atteindre jusqu’à 15 mètres en quelques heures. Ce qui en fait les plus grandes marées d’Europe et les troisièmes plus importantes au monde. Des marées particulièrement impressionnantes autour des équinoxes de mars et septembre. Un spectacle naturel unique en Europe.
Avant le 19ème siècle pour comprendre ce phénomène complexe, toutes sortes de théories furent avancées. Dieux des océans, monstres marins et autres symboles des forces de la Nature ont été logiquement mis à contribution. Par exemple, dans la mythologie japonaise, c’est le grand Dragon-roi Ruyjin qui contrôle les mouvements de la mer depuis son palais sous-marin grâce à ses perles magiques.
Mais depuis longtemps les populations des côtes soumises aux marées observaient bien une corrélation entre les phases de la Lune et la puissance des marées.
Un des plus anciens témoignages est celui de l’explorateur, géographe et astronome grec Pythéas le Massaliote qui voyagea vers 325 av. J.C. dans les mers du Nord de l’Europe et rencontra notamment les peuples celtes d’Armorique et de Grande-Bretagne. Il décrivit les marées de ces régions – quasi-inexistantes dans son bassin méditerranéen d’origine – et associa leur cause à la Lune.
C’est ce que défendit également le philosophe stoïcien, Posidonios d’Apamée, qui étudia le phénomène sur la côte atlantique de la péninsule ibérique. À partir de ses propres observations et en se renseignant auprès des populations, il décrivit précisément les cycles journaliers et mensuels des marées mais aussi ceux, annuels, autour des équinoxes. Il voyait dans ce phénomène naturel une confirmation de sa théorie selon laquelle toutes les choses de l’univers sont interdépendantes, s’attirent et interagissent.
Ce lien au moins temporel entre les phases de la Lune et les mouvements de la mer, permettait déjà de prévoir et anticiper quelque peu les périodes de grandes et petites marées, si ce n’est les heures et les amplitudes.
Des méthodes prédictives simples et efficaces ont été établies dès le 13ème siècle en Angleterre où on disposait déjà, pour la ville de Londres notamment, de tables des marées valables.
Au 17ème siècle, la nouvelle physique d’Isaac Newton (1643-1727) met en avant le phénomène de la « Gravitation universelle ». C’est un moment important dans l’histoire de la compréhension des marées.
Mais à ce moment-là, il manquait encore des précisions pour comprendre les grandes différences des marées en divers endroits du monde, notamment les 15 mètres de marnage au Mont Saint-Michel.
Pour avoir une compréhension satisfaisante du phénomène, il faudra attendre la « théorie dynamique » du normand Pierre Simon de Laplace (1749-1827) qui dans sa Mécanique céleste (1800) prend en compte le processus de propagation horizontale des ondes dans un bassin océanique, la friction, la résonance, etc..
Les marées sont donc provoquées par l’attraction gravitationnelle de la Lune et du Soleil sur la Terre. Sachant que l’influence du Soleil est deux fois moins importante que celle de la Lune, son influence reste déterminante.
En effet, c’est le positionnement des deux astres par rapport à la Terre qui va déterminer la puissance de la marée. Celle-ci variant considérablement d’une semaine à l’autre. Pourquoi ?
La Lune, met environ 28 jours à faire le tour de la Terre.
On dit que l’on est en « vive-eau ».
On dit que l’on est en « morte-eau ».
Nous sommes donc en « vive-eau » ou « morte-eau » une semaine sur deux.
On parle de grande marée lorsque le Soleil, la Lune et la Terre sont alignés (lors de la nouvelle lune ou de la pleine lune). Leurs forces d’attraction s’additionnent alors, ce qui amplifie le phénomène.
Concrètement cela se traduit par :
En France, pour indiquer la puissance de la marée on utilise le système des coefficients qui vont de 20 à 120. On considère généralement qu’il y a grande marée lorsque le coefficient dépasse 90. À noter que dans la baie du Mont Saint-Michel la marée peut se retirer jusqu’à 15km.
Dans notre région du monde, cette attraction des astres crée chaque jour deux marées hautes et deux marées basses ; mais ce n’est pas le cas partout sur la planète du fait de la géographie des bassins océaniques.
La différence de hauteur d’eau (marnage) en Baie du Mont-Saint-Michel peut atteindre jusqu’à 15 mètres lors des marées d’équinoxe extraordinaires qui suivent un cycle de 18 ans. C’est ce qu’on appelle les « marées du siècles ». La dernière ayant eu lieu en mars 2015. Le coefficient était de 119.
Quel que soit la marée, les mouvements de la mer dans la Baie normanno-bretonne sont toujours importants, notamment par rapport au reste des côtes françaises. Ce sont les troisièmes plus importantes marées du monde. Pour quelles raisons ?
Pour le comprendre, il faut prendre en compte l’ensemble du bassin Atlantique nord délimité par les côte américaines et européennes :
Pour ce qui nous concerne, en baie du Mont Saint-Michel :
Le resserrement des côtes, la faible profondeur et la faible pente va donc produire un ralentissement et un soulèvement important des flots qui vont pouvoir enfin déferler dans la Baie et remonter à contre-courant jusque dans les fleuves Sée, Sélune et Couesnon créant ainsi le fameux phénomène du « mascaret ».
L’important rôle du Soleil est également perceptible à l’approche des équinoxes de Printemps et d’Automne (en mars et en septembre) lorsque celui-ci se retrouve à la verticale de l’équateur. Aux équinoxes, le jour et la nuit ont la même durée et l’on change de saison. L’attraction de l’astre solaire sur les océans est plus importante dans ces périodes. Aux « nouvelles lunes » et « pleines lunes » de mars et septembre, les marées de « vive-eau » sont alors plus importantes que le reste de l’année.
Les grandes marées d’équinoxe figurent parmi les plus impressionnantes à observer dans la baie du Mont-Saint-Michel.
Nous connaissons tous la formule « À la vitesse d’un cheval au galop » pour désigner la rapidité du flot de l’Océan qui remonte par les chenaux de la Baie (sur plus d’une vingtaine de kilomètres lors des très grandes marées).
Dans un récit de voyage au Mont à l’occasion de la « marée du siècle » de septembre 1859 qui fit l’objet de tout un battage médiatique, Théophile Gautier, impressionné par la puissante vague produite dans les fleuves au moment de l’arrivée de la mer, exploitera de son côté cette image équestre :
« Quand le flot fut plus près de nous, il prit l’apparence d’un front de cavalerie composé de chevaux blancs et chargeant au galop. » (Théophile Gautier, Le Mont Saint-Michel, 1860)
Mais les premiers écrits à ce propos semblent remonter à Paul Féval qui dans son célèbre roman « La Fée des grèves » ( 1851) discute cette expression apparemment déjà populaire dans la Baie. Il évoque le problème du possible encerclement invisible par la mer.
On comprend alors que même un cheval au galop ne suffirait pas à rattraper l’avance prise par la mer sur le malheureux retardataire !
La réalité est que la vitesse du flot varie en fonction :
Si la vitesse moyenne des marées est d’environ 3,6 km/h, en très grandes marées ; la vague produite par la marée montante – connue donc sous le nom de « mascaret » – peut dans l’état actuel des choses atteindre au pied du Mont-Saint-Michel jusqu’à 10 km/h, ce qui est déjà beaucoup ! Dans les fleuves en fond de Baie entre 15 et 20 km/h.
On pourrait dire plutôt : une vache au galop ? Un Dragon ? 😄
Le « Dragon d’argent », c’est le nom du plus grand mascaret du monde (jusqu’à 40 km/h et 9 mètres de haut) provoqué dans la baie de Hangzhou sur le fleuve Qiantang en Chine.
La Baie est un environnement mouvant, composé de bancs de sable, de bras de mer et de vasières. La montée de l’eau, on l’a vu, peut être rapide dans certains secteurs. Aller dans la Baie nécessite donc prudence et connaissance du terrain… C’est pourquoi il est fortement recommandé d’être accompagné d’un guide expérimenté, particulièrement lors des grandes marées.
Des grandes marées ont lieu chaque mois dans la baie. Les plus spectaculaires surviennent lors des équinoxes, en mars et en septembre.
Vous pouvez consulter le calendrier des coefficients ici :
Si vous souhaitez vivre une grande marée en toute sécurité, nos guides vous accompagnent lors de sorties adaptées aux conditions.
Lors d’une sortie, vous pourrez :
Pour réserver votre sortie en baie pendant la période des grandes marées, c’est ici.
Le phénomène de la marée, provoqué localement par l’attraction de la Lune et du Soleil, permet de prendre conscience de l’interdépendance de l’ensemble des éléments de l’Univers.
Observer une grande marée au Mont-Saint-Michel, c’est aussi assister à la transformation d’un paysage en quelques heures. La mer s’éloigne, puis revient. Les lumières changent. La baie respire. Comprendre ce phénomène qui a dû paraître bien mystérieux à nos ancêtres, c’est mieux appréhender la puissance et l’équilibre fragile de cet écosystème unique. Et c’est encore plus impressionnant lorsqu’on le vit sur le terrain.
Oui, il est possible de traverser la baie pendant les grandes marées, à condition d’être accompagné d’un guide expérimenté. La montée de l’eau peut être rapide et les repères changent rapidement. Un guide connaît les horaires, les chenaux et les zones à éviter.
Une marée haute correspond au moment où la mer atteint son niveau maximal. Une grande marée désigne une marée dont le coefficient est élevé (généralement supérieur à 90), avec une amplitude plus importante entre marée basse et marée haute.
Des grandes marées ont lieu chaque mois, lors des périodes de nouvelle lune et de pleine lune. Les plus spectaculaires se produisent généralement en mars et en septembre, lors des équinoxes. Il est possible de consulter les coefficients de marée via un calendrier officiel ou de se renseigner directement auprès des guides.